Lettres
dInde
Noële Franc de Ferrière est la dernière née dune
famille protestante du Sud-Ouest, son père Yann Franc de Ferrière est un ingénieur et chercheur en agronomie
installé en Alsace. Elle grandit à Mulhouse, passe son bachot
littéraire avec un an davance et sengage dans des études
danthropologie. Elle commence à LanguesO lapprentissage
du sanscrit, du hindi et du tamoul.
Toutes ces lettres sont adressées à Patrice Imbert-Vier, avant leur mariage lhiver suivant. Noële a vingt ans cet été-là, lété 56.
Première
lettre
Postée de Paimpol adressée à son bureau, boulevard de Strasbourg
Paris, 10 juillet 1956
Cher Patrice,
Je suis un véritable boomerang, à peine partie me revoilà
- mais cela na rien dinquiétant, au contraire
Voici les faits :
Il est question que je parte le 22 juillet par avion en Inde comme cicérone
dun voyage organisé par Connaissances du Monde - jusquau
27 août.
Cest assez magnifique - cela vous paraît-il sérieux ? Geo,
très simplement, ma apporté cela sur un plateau. Jai
envoyé mes titres et qualités (en omettant simplement mon âge,
en craignant quon ne me renvoie à mes poupées !) et immédiatement
reçu un télégramme.
Le voilà.
Jai téléphoné (à cause du tour de France,
ça ma pris toute la journée et nous avons été
coupés assez rapidement).
Jai téléphoné à papa, assez interloqué.
Il doit envoyer mon passeport à Geo. Le plus pressé est que jaille
voir le bonhomme.
Donc je partirai sans doute demain mercredi à 3h et serai à Paris
gare du Maine à 23h06.
Je vous aurai téléphoné sans ce sacré tour de France
- mais jaurai 10 jours pour me retourner à Paris. Cest un
bon atout pour André aussi, nest-ce pas ?
(le long de la marge)
Si vous pouvez venir me chercher, ce serait au moins aussi agréable sans
ça tant pis, ne vous inquiétez pas. Peut-être à demain
soir,
Noële
(dans la marge du recto)
P.S. Si vous ne venez pas, pouvez-vous passer un coup de fil à Geo ?
ELY 82-00 mille grazzie
Le télégramme est adressé à Noële de Ferrière,
chez Stricker, Keraudren en Plounez.

Serions intéressés étudier avec vous possibilités
vous confier voyage Inde - Aimerions vous voir urgence - Confirmer possibilités
venir Paris ou téléphoner Anjou 82-03
Connaissances
du Monde
Deuxième lettre

Cachet de Bombay du 24 juillet 1956
Départ de Malte, 11h
Le clair de lune prévu fut beau, le champ roussi à souhait, lombre
des olivier légère, le raisin vert, les Maltais en short très
décontractés, et galants, quoique speaking English, les lavabos
crasseux, et lair
Oh lair !
tiède (tous les passagers clamaient déjà
à la canicule !), lourd, aphodisiaquement sentimental. Ce qui explique
les 17 minutes de retard de lavion, provoquées par une fugue des
guides, ô déshonneur ! en loccurrence le jeune architecte
Belge de 25 ans qui sest précipité à Orly sur mes
paquets (sans compter le monsieur qui portait mon sac de raphia) et votre servante
contrite. En fait cest un petit garçon intelligent, enthousiaste,
assez sensible, malheureusement Belge. Il ma pris le bras et nous nous
sommes baladés dans ce terrain vague quest laérodrome,
- mon Patrice votre Méditerrannée était dun bleu
tendre, dune irréalité
avec son Esterel, ses Maures,
ses isole
La Corse et la Sardaigne sont des rochers gris, assez ce que
lon imagine, avec les couleurs dune réalité dimage.
Latmosphère sest détendue avec la chaleur et lapparition
des chaussettes. Lenvol et latterrissage furent sublimes, et grandiose
larrivée aux mille lumières sur une baie orientale, oui
déjà !
Je ne réalise rien, rien, rien. Vous êtes très grand, très
noir, un peu angoissé. Comme vous avez été gentil de rester
mencourager jusquà la fin.
Mardi matin, 5h, arrivée
au Caire
Jai assez bien dormi, lai eu la veine davoir une place à
larrière avec lhôtesse, le commissaire, etc. Ils sont
très fraternels avec moi, mont attrapée à Malte,
à juste titre. Mais il ma mis un coussin sous les jambes et abreuvée
(le commissaire). En fait, nous nétions pas les derniers : suivait
une vieille originale désolée de ne pouvoir visiter Malte.
Ô le Nil ! cest inouï, il est partout ! Il y a 10 secondes,
cétait le désert, et maintenant, cest des épinards
et de la flotte, des ruisselets, ruisseaux, rivières, fleuves selon des
tracés les plus variés : ils doivent être des canaux. Cest
bien Osiris, nest-ce pas, fécondant Isis ? A laube, nous
avons longé le désert, juste au bord de la mer. Cest impressionnant
un désert, mon premier désert, mon premier Orient. Doré.
De nouveau le désert. Quelques champs, non, des plantations au milieu,
et des immeubles modernes en rangées : cest aberrant.
Escale au Caire sans histoire. Nous sommes descendus vers un sable rouge, laérodrome
nest quun coin de désert comme les autres avec un côté
sordide qua toute chose humaine. Nous avons immédiatement été
entourés de fellaghas en chéchia et robe blanche ceinturée
de couleurs, qui font admirablement de lil aux touristes femelles,
et des mouches. On nous a servi une citronnade du genre bonbon acidulé
et un thé ma foi dun genre inqualifiable, le tout miellé
de sourires, lins dil
jai vainement tenté didentifier
coptes et fellahs (2 sous-races égyptiennes)
par contre, jai
appris à mes traînants quon disait lInde et les Indiens.
Jai même fait mon inévitable cours sur védisme, brahmanisme,
hindouisme et bouddhisme à un amateur intéressé par la
religion (le petit vieux que le haut-parleur appelait à laérogare).
Maintenant, nous survolons les hamadas de lArabie. Il faudra que vous
memmeniez dans un désert : je crois que nous serons fascinés
et tournerons rapido à la folie. Que vous dire du canal de Suez ? Il
est minuscule mais golfe est beau, décidément, la Mer Rouge est
bleue : et les coraux, alors ?
Au Caire, nous avons changé déquipage : le commissaire est
devenu steward, il a renvoyé larchitecte à lavant,
alors que lautre le tolérait et ma raconté ses expériences
de bûchers funéraires en Inde.
Bahreïn escale, midi
1/2 heure de Paris, 3h 1/2 heure locale
Il fait 40° et je suis entourée de grands yeux noirs. Mes traînants
ont les yeux cernés, les joues bouffies, le teint écarlate. Ils
sont partis butiner dehors. Jen arriverai assez vite à être
leur protégée.
Le désert est devenu de plus en plus blanc. Le pilote ma conviée
dans la cabine de pilotage, où jai trouvé un bouquin : la
technique du piano, préface de Marguerite Long. Lentretien fut
si cordial quil ma donné son adresse à Paris et suppliée
de le revoir, au grand dam du steward et du Belge. A un moment donné
et sans aucune raison, le sable blanc est devenu une mer bleue tachée
de noir, de vert, vers laquelle nous avons piqué, et un virage sur laile
a découvert un bout de rocher grisâtre plat et un bosquet de palmiers.
En descendant, cétait un bain de vapeur troué dhommes
très noirs et dhabits très blancs. Jai acheté
un stylo à leurs beaux yeux, malheureusement pourvu de cette encre
et envoyé une carte postale à maman, ce qui ma coûté
cinq cents francs.
Nous arriverons à Bombay vers 1 heure du matin heure locale si Dieu veut
et là
alea jacta erunt.
Calme plat sur locéan Indien, la nuit est belle, Chandra la Glorieuse
(cest la déesse de la Lune, elle sappelle aussi : celle qui
a pour signe le lièvre, car les Indiens voient un lièvre dans
ses taches). On nous avait prédit sur Bombay un mauvais temps tel que
nous ne pourrions atterrir quà 400 km de là. En fait, nous
ne bougeons pas et nous arriverons dans 3/4 dheure : 2 heures du matin,
9 heures pour vous. Je suis parfaitement reposée et calme sinon fraîche
comme un lotus. Lavion est un berceau et tout est passé comme un
rêve. Jai rêvé de et à vous. Cest très
mal, mais jai quand même tiré la langue à un de mes
traînants : lorphelin à la ceinture, aux bretelles et au
canif. Cétait pendant le dîner et hier, je suis restée
sur ce péché mais nai pas eu mal au cur.
Voilà, nous descendons. Comme cest drôle, un monde sans homme,
un monde sans vous. Vienne lInde lourde, lourde de labsence. Cher
Patrice, comme le monde est grand et comme je vous aime.
Troisième lettre

Postée à Aurangabad, cachet du 26/7/56 adressée à
son domicile rue Louis Blanc à Bellevue
mardi 24 10h du soir, quelque part entre Bombay et Aurangabad
Mon ange,
lInde et la vie sont passionnantes ! Nous devions être arrivés
depuis 2 heures à Manmad, où lon change de train. Or pour
le moment mon écriture est régulière, nous sommes donc
arrêtés en pleine campagne bien sûr, mais il fait nuit. Nous
avons énormément joui du paysage et des Indiens, ayant passé
au moins autant de temps en panne, ou en gare, quen route. La dernière
fois que jai vu tout le monde, ils trouvaient cela charmant, maintenant,
ils doivent se tordre de faim, grincer des dents, maudire le jour funeste où
ils reçurent le prospectus de ce sacré bordel de voyage soit disant
organisé
Or le voyage est remarquablement organisé par Trade
Wings, son représentant indien, son très humble serviteur est
adorable et dégourdi, ce nest pas de notre faute si les wagons
ont une fâcheuse tendance à vouloir rester en arrière de
la locomotive. Après chaque arrêt, le train brame désespérément
pour invoquer la protection de Brahma, on rappelle les gens qui bien entendu
sont tous descendus, les Indiens pour regarder les Sahibs, les Sahibs, pour
regarder les femmes et les Brahmanes de 3e classe
Or remonter un peu plus haut, cest à notre descente davion
quil faut en venir. A 2h et demi du matin les gens navaient pas
dormi depuis 24 heures, voulaient un lit et cest tout. Les Indiens leur
ont offert, bien sûr, la douane et le change assez rapides, puis un dîner
à laérodrome, puis des colliers de fleurs (jai réussi
à les faire redescendre du car pour cela) puis un trajet interminable.
Heureusement, 2 Indiens charmants étaient là, dont un parlant
français surtout. Lhôtel est le long de la baie, dont je
nai dailleurs rien vu : si je continue à moccuper deux
(mes traînants), je ne verrai rien de lInde au fond, zut !
Donc larrivée fut cauchemardesque, on les collait 6 par chambre.
Enfin, à force de batailler, on a réussi à ne pas mettre
le puceau avec le jeune ménage. Tout le monde a eu un lit, sauf moi bien
sûr, mais jai dormi comme un plomb dans le lit dune fille.
Le 24 donc (maintenant nous sommes le 25, je suis pieds nus dans une prairie
surplombant le Kailasa dAllora, il fait gris, pas trop chaud, jai
ma robe jaune et je me suis tirée de ma première visite grâce
à un guide Indien parlant anglais, un anglais pratiquement incompréhensible,
jimprovisais : pourvu quils naient pas trop compris le guide,
eux. Dailleurs les explications sauf quelques vieux fanatiques qui ne
connaissent pas granchose, nintéressent pas énormément
les traînants, ils filment et photographient).
Finalement, il y a beaucoup de jeunes. Mes soutiens moraux (le Belge nous a
quittés) sont mon Indien qui me donne des leçons de hindi et un
notaire Parisien de 25 ans à peu près, plus un chirurgien-dentiste
qui quitte un studio rue Saint-Louis-en-lîle sur lequel jai
des visées : jai étanché son sang hier après-midi.
Je ne me suis pas évanouie, jai hésité 1/10e de seconde
mais ce nétait pas dans ma dignité ni mes fonctions.
Donc le 24 se passa dans le train, ouf ! je mexcuse, cest du Proust
! Je nai absolument pas le temps décrire mieux, Patrice,
il faut que je dorme
et prépare mes laïus !
Jétais relativement planquée avec notaire et dentiste, et
une jeune fille Belge assez jolie (la fille aînée de lindustriel
Reimsois (?) est très jolie au goût de ces messieurs) et bien entendu
de Jassam, lIndien, disons le vieil Indien, il a bien quelques cheveux
blancs et cela vous rassurera. Il se débrouille comme un chef ! Malgré
les 2 heures de retard, la correspondance avait attendu : bonne vieille Inde
patiente, nous avons eu le temps de nous précipiter derrière nos
valises, de nous jeter dans le train, et il sétait débrouillé
pour nous faire avoir à manger, et même de la cuisine indienne,
du riz et des plats bruns très épicés délicieux,
non au goût général cependant. Dieu merci à la fin,
tout a marché comme sur des roulettes, lhôtel était
tout près, un paradis terrestre - mes traînants se sont logés
sans difficulté dans des chambres doubles ou suites. Je men suis
octroyée une, ai pris un bain, une douche, ô volupté, et
dodo.
Maintenant, je suis sur mon lit, fenêtres et portes ouvertes sur une prairie
plantée de banyan, et paîssée de vaches.
Après une journée de merveilles : Ellora. Jai pris sous
mon bonnet de faire sauter le reste, Bibi Taj et compagnie pour revenir à
lhôtel, se reposer et vous écrire, mon Patrice. Vous savez
que je pense à vous dans un état sous-latent à mes occupations,
si je ne parle que de moi ici, cest parce que jai la vanité
de croire que cela vous intéresse. Sinon, vous me le rendrez : de toute
façon, je nai pas le temps de faire un journal en dehors de vous
écrire, de faire mes rapports pour Gluck, éventuellement décrire
à maman.
Larchitecte Belge sest débrouillé pour arriver à
Aurangabad tant que nous y sommes, il est venu me faire une visite, jai
du mal à le faire parler. Ses parents sont divorcés, il vit avec
sa mère quil naime pas. Je crois quil est amoureux
quelque part en Belgique et fidèle.
Mais Ellora est plus intéressant : il y a dabord un énorme
temple monolithe carré, massif, avec des dépendances. Au milieu
de ce massif, des dieux gigantesques, qui respirent la sensualité humaine
(divine), animale, florale
Des lingas (des phallus) partout : je me suis
fait un plaisir de leur montrer lérotisme des bas-reliefs, en me
retirant bien sûr derrière lanalogie amour humain/amour divin.
Ensuite, un déjeuner champêtre dont ils furent ravis. Puis nous
avons pu comparer les Mérites architecturaux et sculpturaux des différents
religions, puisque nous avons visité les grottes bouddhiques et jaïns.
Jai chanté du Mozart derrière un gigantesque bouddha debout
pour que les traînants puissent se rendre compte de lécho
(lequel écho servait à rendre intelligibles les paroles du prêtre
qui officiait par derrière). Au fond jétais la première
intéressée dans les visites, mais eux létaient aussi.
Jai appris énormément de choses du guide Indien, un Tamoul
celui-là, mais je nai même pas compris la phrase pourtant
simple quil ma dite : «yenne perenne?», Quel
est votre nom ?
Vous me laissez à mes cris doiseaux, à mes criquets, à
ma nuit indienne.
Je vous apprendrai les nuits indiennes, réjouissez-vous
non, je
ne fais pas lamour avec les Indiens, ni personne.
Et le peintre, et les Boyer ? et Bellevue ? et Patrice ?
Jembrasse le papier,
Noële <- baiser
Quatrième lettre

Ecrite
sur un petit bloc bleu postée le 31 juillet 1956 de Gwalliore, adressée
Poste restante - Antibes
Affranchie à
18 annas, reçue à Antibes le 4 août 1956
26 au soir, à un arrêt de gare qui dure 1h30 entre Jalgaon et Sañchi
Je suis seule dans un compartiment-salon
luxueux avec salle de bain et douche entourée dans les compartiments
voisins de tous les garçons jeunes et puissants du voyage. Ils ont décidé
de se relayer toutes les heures auprès de moi : je trouve ça très
touchant pour notre première nuit de train ! ça na dailleurs
pas été tout seul ! Je vous raconterai.
Jen suis restée hier à larrivée de Bernard
Furon. Nous avons passé une heure ensemble avant le dîner à
comparer nos souvenirs tout proches, depuis Bombay. Il est resté après
dîner et nous avons été nous promener dans la nuit et les
champs indiens, une nuit de parfum, de criquets, de grenouilles, de clair de
lune (il ny en avait dailleurs pas), de lascivité.
Bon Dieu, je comprends maintenant quils aient autant denfants !
dailleurs mes traînants ont besoin de femmes
d'où le
début de ma lettre. Cétait très tentant pour nous,
il y a largement le minimum physique et bien au-dessus de la moyenne de sensibilité,
délicatesse, tendresse des hommes.
Au lieu de ça, nous avons parlé de la gravité de lamour,
laquelle sétend à ses gestes. Je vous ai dit que cétait
un enfant, à la façon dont je létais moi aussi quand
je vous ai rencontré. Je crois simplement que nous laissions lui et moi
quelquun derrière nous, avec lhabitude de la tendresse protectrice
ou protégée.
Ce matin, jai été réveillée à 6 heures
par un boy : cest assez voluptueux de se réveiller sous une moustiquaire
toutes fenêtres et portes ouvertes, dans un jardin - et de partir pour
Ajanta. Ce sont encore des temples rupestres, tous bouddhiques cette fois et
peints de fresques représentant des femmes belles, des hommes beaux,
des fleurs, des animaux. Lextérieur est romantiquement, bucoliquement
rocheux, cascadeux, sauvage et propre à la méditation. Je traduisais
de moins en moins ce que racontait le guide, lequel se contentait de décrire
les chasubles rayés de tel gandharva, la cravate de tel autre, les perles
de la danseuse
à part ça, très sympathique.
Ensuite, nous avons eu le bonheur de traverser la crue dune rivière
à gué : mes traînantes ont relevé leur jupe et les
traînants très galants les ont empoignées pour les aider
à traverser. Jai été empoignée par le jeune
marié dit «Brassens», fort en gueule mais charmant. Le car
a passé vide, très «Gubida al cielo» (film mexicain),
cétait laventure : tout a été filmé
évidemment, même ô shocking ! mes cuisses.
La fin de laprès-midi fut aussi riche en couleur locale : nous
sommes arrivés à Jalgaon les premiers Français que les
autochtones aient jamais vus : pendant deux ou trois heures, jai fait
le tour du patelin ovationnée par mille gosses, et signant des autographes,
donnant mon adresse, baragouinant hindi, reçue par le sadhu (saint local)
devant le temple miniature de Mahnalti, petite idole rouge grimaçante
ornée dun collier de fleurs. Jétais seule au milieu
des gens et chacun de mes traînants en a fait autan, séparés
les uns des autres que nous étions. Nous retrouvions les autographes
des uns et des autres dans les cahiers de classe sur lesquels nous signions.
Ce fut un triomphe jusquau départ du train, les gosses accrochés
aux portières
Un incident technique ma fait beaucoup de bien : à larrivée
à Jalgaon, nos boggies attendaient, 28 couchettes pour 33, grosse pagaille.
Je les ai tous envoyés en ville, et nous avons pu les répartir.
Les plus jeunes couchant par terre, le guide, le jeune Staat et moi - jusquà
ce que nous ayons pris possession de tous les compartiments de 1ère du
train
ce qui ma permis de faire dame seule. Pas longtemps dailleurs
jétais à peine installée que tous les employés
du train étaient à ma fenêtre à me baratiner. Ils
valent mille fois les Italiens.
Vendredi 27
Matinée de train pluvieuse.
Jai admirablement dormi dans mon bistar, sac de couchage comportant matelas,
oreiller, draps et serviette de toilette, après avoir pris une douche
et enfilé un jupon en fait de chemise de nuit : ma portière étant
fermée de lintérieur, j'étais tranquille comme Baptiste,
et voilà ty pas que
non, ce nest pas vrai, ils mont
simplement réveillée aux aurores, mes voisins, en me demandant
ce que je voulais pour déjeuner : on nous a apporté thé
ufs, corn flakes, toasts, marmelade, etc. Le tout parfait et dans un arrêt
de train. On emporte les plateaux à la gare suivante.
Nous sommes arrivés à Sanchi sous une mousson sensationnelle :
tout le monde sest déchaussé ; après mavoir
prédit tétanos et mort subite, je suis partie sous la protection
dun Sikh splendide, et surtout sous son parapluie, déjeuner au
Pavillon du Gouvernement, sous une véranda. La pluie sest arrêtée
et nous avons passé laprès-midi au milieu des stupas vihana
(monastères) et chaitya (temples carrés) et dune nature
impressionnante mais non inquiétante.
Nous avions même nos deux moines bouddhiques Cingalais, en robe jaune
et ombrelle rouge qui faisaient leur métier de couleur locale. Nous avons
retrouvé ce matin (samedi 28) à Orcha lun des deux bouddhas
mais cette fois-ci brahmane en position du lotus. Notre train ne partait quà
minuit passée. Nous les sans boggies, avons attendu son arrivée,
mais il ny avait quun compartiment de 5 pour 6 : le jeune ménage,
le fils de la famille nombreuse, le notaire, lIndien et moi.
Nous avons très bien dormi, trop peu. Toutes les nuits prochaines vont
êtres dures : 4 de suite dans le train - mes traînants nen
réchapperont pas.
Je vous écris dans le train entre Jhansi et Harpalpur, station de train
pour Khajuraho, mais seulement pendant les arrêts, nombreux et longs,
heureusement.
Je suis seule avec le notaire Berrichon, prévoyant et voyageur, et causant
en plus, ce qui est agréable. Je peux lui montrer mes jambes tranquillement,
ce qui est reposant.
Que faites-vous, un samedi après-midi vers 4 ou 5h ? sil vous plaît,
Patrice, embrassez-moi
29 au matin, Kajuraho
Oh ! Patrice, nous avons dormi sous la lune, mon chéri, sur des charpaïs,
lits indiens à sangles, et entourés de manguiers.
Pour comble de bonheur, nous avions pu laisser les croulants en route et continuer
seuls hier soir sur Khajuraho avec les treize jeunes pour trouver un Dak bungalows
ravissant et des lits installés dehors.
Soir
Jhansi, dans lhôtel où nous avons déjeuné et
dîné hier après une journée chaude, cest le
moins quon puisse dire !
Depuis le matin, nous avons accumulé les spécialités du
pays avec une chance inlassable : dabord la sculpture et lérotisme
associés sur lextérieur des temples du Linga de Siva.
On vous apprend là les mille et une façons de faire lamour
; nos Gaulois de traînants étaient aux anges, ils mont filmée,
photographiée, dessinée au milieu des scènes du mithuna,
je ne sais pas pourquoi.
2e spécialité
: le maharadjah local, assez petiot mais attendrissant de gentillesse, il nous
a reçus, parfumés, nourris de graines et je lui ai fait ma cour.
Les autres sujets détonnement satisfait furent une bande de singes,
et un étang de lotus. Là, les traînants mont déshabillée,
mise à leau et criblée de photos, et en plus, ils ont eu
le front de mappeler miss Lotus mais ils ne se plaignent pas trop à
moi.
Nous avons repris le train pour revenir à Jhansi où lon
prend douche et repos bien mérité.
Ah ! le guide a enfourché une bécane, moi, le porte-bagage, et
suivis du notaire et du ménage Brassens, nous avons été
visiter le bazar.
Les soirs sont des nids de tiédeur, damollissement. Je ne tiens
le coup que théïfiée et douchée toutes les deux heures
ou presque.
Je crois que cest le pays du monde où lon est le plus heureux,
cest peut-être négatif, on ne pense pas à grandchose,
cest suffisamment varié comme paysage, gens, choses, animaux, etc.
pour que notre intellect soit intéressé constamment.
Il faudrait pouvoir sinstaller au Dak bungalow à Khajuraho par
exemple, et y rester, voir les temples (il y en a 85), se promener, faire lamour,
ça nest pas difficile, il ny a quà suivre les
bas-reliefs.
Comme sculpture, cest très proche du roman, presque contemporain
dailleurs, un énorme jet danimation créatrice, humoristique,
saine et vicieuse.
La nuit tombe tôt ici, très vite : brusquement, tous les oiseaux
se mettent à manifester bruyamment et cinq minutes après, cest
le crépuscule.
Jai eu pitié dun Indien qui me poursuit depuis ce matin pour
me masser et je lui ai laissé laver mes cheveux : pour le moment, ils
sentent tous les parfums de lOrient mais ils poissent
peu importe.
Ce matin je me suis retrouvée avec 60,1% de mon effectif malade, les
enfants commencent ; et pourtant cest ce matin que nous visitions ce que
tout le monde attend depuis toujours : le Taj Mahal.
Ce nest même pas décevant à force dêtre
exactement la photo de lui même.
La fin de la journée dhier et la nuit justifient cette descente
des forces, et la chaleur. Nous avons bien du passer deux heures en gare de
Jhansi, sous le charbon à attendre nos wagons, puis le départ
du train parce quil faisait trop chaud. Heureusement, nous autres héroïques
aux wagons volants en avons trouvés largement : javais de nouveau
mon salon particulier, où jai sombré dans le plus noir sommeil,
5 heures par nuit depuis trois jours, hum ! je crois que ce soir le Taj Mahal
au clair de lune naura point lhonneur de ma visite.
Dailleurs jy suis immortalisée à jamais dans les bras
de mon Indien, reflétée dans leau dune pose très
voyage de noces.
Nous avons vu toute la journée de larchitecture moghol dAkbar
à Shah Jahan, de la mosquée des perles à la ville rouge
laissée sur place lors du déplacement de la rivière approvisionnante.
Mes laïus devenaient de la vase, je ne comprenais plus rien, nécoutais
plus ce que disait le guide local, mais ce que disaient les gosses en hindi,
du genre «je nai plus de mère ni de père, ni de frère,
ni de sur, donne-moi des sous», le tout avec un large sourire, des
yeux tendres
Jaimais moins ceux qui se jetaient de vingt mètres
de haut dans un fossé croupissant pour gagner deux roupies. Jai
fait la cour au plus riche zamindar du crû qui nous a accompagnés
ce matin, et offert le thé ce soir. Il a pris mes adresses en France.
Dieu merci, cet hôtel est luxueux, jai une chambre seule, une salle
de bain de princesse, et je sors de ma crasse.
Jai peur que tout cela ne soit lassant pour vous, mon chéri, je
vous raconterai le reste, il y a tellement de choses que vous savez.
Ci-gissent des pétales de lotus de Késu.
Alors, ce Midi ? je me réjouis de vos vacances, sucez-les jusquà
la moelle. Ca va être drôle, nest-ce pas ? mon Patrice qui
ne peut pas rattraper ses 5 heures de retard, ça mamuse beaucoup
que vous vous leviez à midi.
Priez pour moi et que Dieu vous garde
Noële
Cinquième lettre

Ecrite à lHôtel de Paris 15, The Mall Banaras U.P.
Postée le 31 juillet 1956 à Bénarès
Mardi 31 juillet 56
Le train va assez doucement entre Agra et Delhi, nous venons de passer Mathura.
Heureusement, les gens sont des monstres de tout ordre, et surtout commerciaux
et mendiants, la grande majorité (non, jexagère) des gens
étant bancale, affligés dun quelconque mal sur une quelconque
partie de leur corps.
Heureusement, ou malheureusement les annas filent et lon na jamais
de monnaie sur soi.
Nous avons depuis 2 jours laissé le Dekkan pour la plaine Indo-gangétique
; nous nen sommes quà la Yamuna, la Gariga viendra à
Bénarès. Cest beaucoup moins extraordinaire comme paysage,
la plaine. Lélément indien est sporadiquement un village,
en pisé, une silhouette (cilouët) drapée avec un énorme
ballot rond sur la tête, et une démarche de Junon elle-même,
des buffles noirs souvent jusquau cou dans des mares boueuses, ou des
vaches indiennes blanches, à bosse.
Quoi encore ? Ces arbres dont je ne sais le nom quen hindi : «pèr»,
et ce temps moite, nuageux.
Jai dormi 20h cette nuit, ô volupté, jétais
hier soir hébétée de fatigue et envahie dinsectes
volants et piquants et puis plus rien, jusquà ce que mon fidèle
vieux serviteur vienne me réveiller et mapporter mon morning tea.
Quand jai quitté lhôtel, le directeur est venu cérémonieusement
me remettre un Taj Mahal en faux albâtre. Ah, zut ! je naurai pas
du vous le dire, je vous laurai offert candidement, tant pis, le sort
soccupera de lui !
1er août matin, Delhi
Le diable bat sa femme et marie sa fille au réveil, mais déjà,
il ne fait plus que marier sa fille, il va faire chaud.
On ma donné votre lettre hier soir en arrivant pendant que je me
dépêtrais dans mes rooming lists, du coup, elles en ont été
expédiées, et très bien. Une fois de plus, jai une
grande chambre avec salle de bain, balcon
Mais votre lettre est beaucoup trop bonne pour moi, mon Patrice : si jy
eusse répondu tout de suite, ceût été une des
plus lyriques lettres damour qui ait jamais été écrite,
même par moi, et Dieu sait ! cest extraordinaire ce quune
lettre peut rendre heureux : Paris et Bellevue redeviennent si proches, et vous
si réel : vous avez remarqué, nest-ce pas, quau début,
je ne pensais à vous quà travers mon bonheur : jétais
occupée, anxieuse, fatiguée. Depuis 2 ou 3 jours, je me suis payée
le luxe de penser à vous. Ca coïncide avec le moment où,
partant en vacances (cest aujourdhui, nest-ce pas , comme
je me réjouis ! ), vous serez dispersé, dépaysé
(puis repaysé) et nayant plus rien à faire de moi, vous
pourrez commencer à courir la gueuse, nest-ce pas cela, la liberté,
les vacances, le soleil, la mer , veinard ! enfin, cest bien mon tour
de travailler un peu.
Je viens de faire ma tournée de malades. Je suis assez fière dêtre
dans les petits papiers du monsieur casse-pieds, autoritaire, faisant arrêter
le car pour prendre les photos, etc. Il ne sest jamais plaint à
moi et me prend comme premier plan de toutes ses photos.
Javais peur de cet hôtel Airlines dont Monsieur Sastri à
Paris mavait dépeint la saleté ; follement sympathique,
mais il est parfaitement bien à l'intérieur (Dieu merci, je crois
être la seule dont la chasse d'eau ne marche pas). Hier soir j'étais
très en forme, effet sans doute de douzaines de tasses de thé.
Tassi (mi-dieu) nous a emmené le jeune ménage, le notaire et moi
dîner dans un restaurant chic : le Palais de la Perle : Modi Mahall, où
nous avons religieusement dégusté, avec nos doigts, un poulet
rôti teint en rouge. Ces messieurs ont arpentés le quartier réservé
(je crois, enfin vous voyez) avec intérêt mais non acte.
J'ai, moi, arpenté la rue des bijoutiers, avec succès : quelle
diable d'idée a donc eu M. Gluck de me donner 200 dollars ! Mes malheureux
parents, qui sont responsables de mes dettes !.....
Midi
Nous avons déambulé à travers New and Old Delhi en car.
Le guide indien local me fait une cour colorée. Il est même en
ce moment dans ma chambre, mais il téléphone.
Banarg, 3 août
Ouf ! Mon chéri, enfin seule. J'ai été embarquer
35 des traînants à l'aérodrome pour le Népal, dont
3 sans visa. Et le tout sans guide ! Catastrophe !
Mon fidèle Jaçani me fait le coup d'être malade depuis hier.
Il devait aller au Népal et ce matin, au moment où le car partait
il m'a dit qu'il n'y allait pas. Je crois qu'il avait assez peur de me laisser
faire le voyage en train Banarg-Calcutta seule avec les restants, ou peut-être
en a-t-il assez lui aussi. Quoi qu'ils ne soient pas bien méchants au
fond, et puis il veut faire ses dévotions aux temples et au Gange. Donc
seule et libre, dans un hôtel sompteux. Je me dore au soleil sur la prairie
devant ma chambre, délaissant l'air conditionné et les ventilateurs
de celle-ci, au milieu des vaches et des figuiers indiens. Le soleil est très
intermitent et la brise fraîche. J'ai vu Banarg au galop hier après-midi
: temples, bazar et héroïque promenade en barcasse sur le Gange,
ou nous faillîmes périr dans les tourbillons. Les nuages étaient
oranges, le Gange vert glauque, le vent quasi-marin, la paix indienne régnait,
il y avait des (???) de chaleur à l'horizon, c'était divin, mais
les traînants râlaient, ils voulaient du coca-cola, ils voulaient
que le gentil guide indien se taise... cela ne me génait pas trop d'ailleurs.
Nous en sommes au même point vous voyez : dormons. Le notaire est resté
à Banarg et Bernard m'a écrit qu'il y arrivait demain, sa lettre
est fatiguée, c'est aussi pour cela que je suis restée. Et puis
il faut bien que j'achète un sari etc. que je parle hindi. C'est bien
égoïste tout cela.
Je peux encore vous envoyer cela à Antibes je suppose, et après
? Si vous voulez que je vous écrive, donnez-moi une quelconque poste
restante ?
Racontez-moi votre descente, vos bonheurs, souvenez-vous de notre anniversaire,
le 6.
Ne buvez pas trop de café ah mais !
(dans la marge gauche)
Que Dieu vous garde. Merci encore pour votre lettre. Ah ! Et votre nouveau ?
Pensez aussi de temps en temps à m'embrasser, j'y pense aussi.
Noële
Sixième lettre

Paris, le 28 août 56,
matin
Elle était
devenue si petite, si petite, que ce nétait bientôt plus
quun point, plus quun organisme microbe vivant quelque part autour
du monde, avant de disparaître définitivement
Et non, ça ne s'est pas volatilisé, à preuve ! absence,
douce-amère. Maintenant, chaque fois que vous ouvrirez la bouche, ce
sera : «lItalie»
moi, je vous répondrai «lInde».
28 août 56, après-midi
Jattends maman esplanade des Invalides, vous vous souveniez que cela existât,
non , Pourtant, nous y passions tous les matins. Jai même une vue
tronquée de la tour Eiffel et du soleil. Au fond, et en surface, et au
milieu, la France est le plus beau pays du monde, mais nous avons drôlement
bien fait den partir.
La seule chose que je regrette est que nous soyons partis chacun de notre côté,
mais cela fait partie de nous. Nous narriverons jamais à raconter,
moi surtout. Vous, cest plus facile, parce que je connais lItalie,
non pas toute, mais cest inutile, je connais les villas où lon
à envie dêtre né, de vivre et de mourir, et que lon
quitte au bout dune heure, ou dun jour, ou même que lon
na fait que traverser.
Et puis je me demande comment je pourrai jamais vous emmener jusque dans lInde,
avec tous ces pays du Moyen-Orient quil faut traverser avant dy
arriver, et qui sont des délices de Capoue, la Grèce, par exemple.
Hier matin, au lever du soleil par dessus le mont Hymètie avec sa mer
invraisemblablement bleue !
Ah, vous savez, un peu plus et je repartais samedi soir comme guide Connaissances
du Monde, mais mon conférencier, Gersi, ma proposé ça
séance tenante : jétais à bout dappétit
de traînants, et puis jaurai voulu y envoyer Geo, et puis maman
en était presquen larmes, la pauvre, elle a déjà
supporté héroïquement lInde pratiquement sans nouvelles
de moi et elle est déjà en train de se débrouiller pour
sécher le Congrès de papa et partir avec moi pour Pignon.
(Il est vrai que sans ça, je partais en voiture, avec celle des parents,
seule avec un ami de Geo adorable, un peintre très érotique dans
ses peintures, mais Périgourdin de race et qui ne touchera jamais à
la petite sur de son ami).
Et puis, non, pas la Grèce sans vous, cest trop idiot, je ne veux
pas vous frustrer delle aussi !
29 matin (suite de lesplanade
des Invalides)
Et cest déjà trop, lInde et la Grèce, ce nest
pas possible.
Je ne vous raconterai rien de lInde pour le moment, cest une blessure
qui est encore si près de saigner, je me sens très triste loin
delle, et loin de vous qui êtes encore en vacances à avoir
le cafard.
Oh, Patrice, Paris est sous la pluie, il fait froid
il faut vite que vous
veniez à Pignon, ne serait-ce que pour vous montrer dans votre splendeur
de Méditerranéen avant de redevenir un de ces Parisiens navets.
Jadore Paris mais je me demande de plus en plus si cest une ville
pour nous.
Donc, pour lInde, jai fait un journal ; si je ne le brûle
pas rapido, vous le lirez, il est sincère et les impressions y sont celles
du moment.
Nous nous sommes envolés de Bombay le 25 à 2 heures de laprès-midi
(locale bien sûr), ma dernière rooming list, celle des places davion,
fut la plus épineuse, avec 23 personnes en plus que je ne connaissais
pas. Le résultat fut sinon glorieux, parce que je suis modeste, du moins
concluant, tout le monde fut assis à côté de la personne
de son choix, ou presque.
Je nai presque pas dormi, contrairement à laller. Jai
énormément regardé : nous avons fait 2 escales seulement,
Bahreïn et Athènes, doù mon ravissement grec. Le ciel
était parfaitement pour et du poste de pilotage jai vu le Péloponèse,
le canal de Corynthe, le golfe de Patras, Itaque et des quantités dautres
îles. Nous avons coupé la botte vers Naples, ou avant plutôt,
puisque nous vîmes aussi la Sicile, lEtna, le Stromboli, dautres
îles et puis la Corse.
Le temps est resté beau jusquau Massif Central, après les
Alpes Maritimes, la vallée du Rhône, dautres vallées
Orly, les parents. FIN
Ils mont apporté
une lettre de vous, celle de lAlbergo aux Italiennes, et il faut que je
vous parle aussi de vos lettres, surtout de vos lettre : vous m'avez comblée,
Patrice. Je ne me suis jamais sentie loin ni seule, ni ne vous ai senti vous
loin, triste vaguement la première ivresse passée. Je les trouvais
toujours, vos lettre, à l'étape, c'est à dire après
les coups durs, douces comme... je ne sais pas, un baiser quand on sort d'une
prison ou d'une cour d'appel. Heureusement j'avais un jeune ménage ami
et deux garçons sur qui je pouvais compter, plus mon guide, et je passais
beaucoup de temps, dans le train par exemple, avec eux. Mais il n'y avait vraiment
qu'avec Bernard que j'étais en pays ami. Je l'ai retrouvé à
Madras, puis entre deux trains à Bombay et nous avons fait le voyage
de retour ensemble. Nous nous sommes bien amusés, avons pris un bain
de minuit au clair de lune dans l'Océan indien et visité le quartier
réservé de Bombay. Cependant je n'ai pas «cédé
à ses charmes» comme vous dites gentiment.
Je vous écrirais bien pendant des heures,
(dans la marge gauche)
mais j'ai un monceau de courses, de comptes à rendre, de films à
aller voir, et je pars demain matin... avec maman. Il y avait longtemps que
ne vous avais pas embrassé, n'est-ce pas ?
N.
N'oubliez pas d'embrasser très respecteusement votre mère pour moi.